Mal du XXIe siècle, les troubles du sommeil concernent un Suisse sur quatre d’après l’Office fédéral de la statistique. Lit trop dur ou trop mou, stress, mauvaise hygiène de vie, maladie voire bagage génétique: les causes sont multiples, et encore mal comprises. A ces quelques exemples, il convient d’en ajouter un autre, moins attendu mais tout aussi important: l’effet de la lumière, capable de détraquer notre horloge interne.
Notre environnement lumineux a récemment beaucoup évolué. Les smartphones et autres écrans sont devenus omniprésents, tandis que les traditionnelles ampoules à incandescence ont cédé leur place à leurs cousines à basse consommation, voire aux LED. Nous n’en ressentons pas spécialement d’effets, et ne remarquons guère de différence. Pourtant, la lumière émise par tous ces appareils est dite bleue car son spectre lumineux n’est pas uniforme et contient des pics, surtout dans les longueurs d’onde correspondant à la lumière bleue.
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Cet afflux de bleu a un effet sur la mélatonine, l’hormone qui déclenche le sommeil. Sa production est le résultat d’une cascade de réactions biochimiques initiée par la lumière. Lorsqu’elle brille fort, comme durant la matinée, elle excite certaines cellules de la rétine qui vont, au final, empêcher la production de mélatonine. A l’inverse, une lumière peu intense, comme durant la soirée, ne suffit plus à activer ces cellules: la mélatonine est alors sécrétée, autorisant l’endormissement.
La lumière bleue 100 fois plus excitante que la lumière blanche
C’est là que les écrans et les LED compliquent l’équation: le soir, baignées de lumière bleue riche en énergie, les cellules spécialisées de la rétine demeurent excitées comme en plein jour. «La lumière bleue a un effet cent fois plus important sur les récepteurs rétiniens que la lumière blanche», détaille l’optométriste Eugène Duvillard, l’homme derrière les lunettes GoodNight. «En filtrant la petite partie de la lumière bleue qui excite la rétine, les verres permettent à l’organisme de produire de la mélatonine, et le sommeil revient au bout de quelques semaines».
Et le spécialiste de prouver ses dires, avec des résultats d’essais cliniques menés chez des personnes insomniaques ou des grands voyageurs en proie au jetlag. Au bout d’une vingtaine de jours, la durée d’endormissement des sujets diminue, tandis que celle du sommeil augmente, assure-t-il. Trop beau pour être vrai? Le discours scientifique, en tout cas, tient debout. «Si ces lunettes filtrent bien la partie du spectre qui bloque la production de mélatonine, alors elles peuvent favoriser l’endormissement, admet un médecin spécialiste qui a souhaité demeurer anonyme. Mais il ne faut pas oublier que de nombreux autres facteurs influencent le sommeil».
Un sommeil long à venir, mais de meilleure qualité
Dans les faits, les GoodNight sont des lunettes en plastique, aux verres jaune clair, que l’on porte le soir, deux heures avant le coucher. «On peut regarder la télévision, travailler sur son ordinateur, lire… Il ne faut rien changer à ses habitudes», insiste Eugène Duvillard. La monture est assez agréable à porter. Elle se cale facilement sur des lunettes de vue et se fait vite oublier malgré un léger jaunissement du champ de vision.
Dans notre test, effectué auprès d’une quinzaine de membres de la rédaction, les lunettes GoodNight ont eu un effet très positif chez certains, mais inexistant chez d’autres. Elles n’ont, chez la majorité de nos cobayes, pas accéléré la vitesse d’endormissement. C’est compréhensible: si les rayons lumineux sont bien filtrés, l’excitation découlant d’un film, d’une partie de jeu vidéo ou de travail nocturne devant son écran, elle, est toujours présente.
Mais les lunettes semblent chez bon nombre de testeurs avoir restauré un sommeil plus réparateur et de meilleure qualité. «J’ai le sentiment que mon sommeil était plus profond», relate l’un d’entre eux. «Mes soirées passées devant l’ordinateur sont moins fatigantes pour les yeux et je me réveille moins durant la nuit», raconte un autre. «Je me réveille plus reposé, avec bien plus d’énergie qu’habituellement, et je somnole moins durant la journée», ajoute un troisième. Chez certains, le résultat est plus tranché: «Je dois faire partie des gens chez qui ça n’a pas d’effet, je n’ai constaté aucune différence, et j’ai trouvé les lunettes peu agréables à porter!»
Alors, faut-il acquérir une paire de GoodNight? Notre test suggère qu’elles devraient aider les personnes pour qui l’excitation lumineuse est la source principale de troubles de sommeil, en réduisant le nombre de réveils nocturnes et en garantissant un sommeil plus réparateur. Chez ceux qui souffrent d’autres causes d’endormissement en revanche, telles que le stress, l’effet de ces lunettes sera sans doute plus limité. Reste à voir si leur prix – 89 francs – convaincra la plupart des indécis à sortir le porte-monnaie pour plonger dans les bras de Morphée.